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Il avait ouvert les yeux sur le monde le lendemain du Voile d'Hiver. Dehors, la neige faisait du paysage une nappe blanche immaculée. Les plaines des Marches de l'Ouest donnaient cette impression d'espace infini. L'enfant était venu au monde sans un cri, sans un mot. Sa mère l'avait regardé avec un amour immense au fond de ses pupilles noisettes. Un maigre feu gisait dans la cheminée, tout juste maintenu en vie par quelques brindilles séchées et du vieux charbon de bois que le père avait précieusement gardé pour la naissance du bambin. Maigre bambin, s'était-il dit lorsqu'il était sorti de la matrice originelle, il ne ferait ni un grand gaillard ni un fermier efficace. La mère était épuisée et le manque de soins après l'accouchement l'avait grandement affaiblie. Voilà une famille où l'argent était une denrée rare, et la venue au monde de l'enfant n'avait pu être assurée par un médecin. Mais la mère était forte, et ne tarderait pas à s'en remettre. Le fait que l'enfant naisse sans un cri avait réjoui sa mère, comme si cela avait été un signe de force, de courage et de résistance. Mais il aurait fallu ne pas se fier aux apparences, car l'enfant cachait une particularité à laquelle elle n'aurait pu penser.
A l'âge où les babillages auraient dû laisser place à la parole, l'enfant avait semblé se refuser à prononcer le moindre mot. Il ne communiquait que par cris ou pleurs, et n'usait guère plus de son corps et de gestes pour transmettre les messages. Màgal ne marchait pas non plus, se refusant à se mettre sur ses deux jambes et préférant la stabilité des « quatre pattes ». Après tout, pourquoi se risquer à un tel danger ? Le désespoir de sa mère ne vint pas tout de suite, cela aurait pu être un léger retard, rien de grave...Mais déjà son père jetait sur son fils un regard amer, plein de déception.
Le cinquième hiver après la naissance de l'enfant avait déjà blanchi les collines. Màgal n'avait toujours pas prononcé son premier mot et ne s'était toujours pas décidé à se hisser sur ses deux jambes. La communication au sein de la famille était devenue plus que périlleuse. Le père hurlait souvent sur l'enfant, ce qui faisait fondre en larmes la mère, et ce qui créait des crises étranges chez Màgal : son petit corps était parcouru de légers tremblements, et il prenait sa tête entre ses mains en se balançant frénétiquement sur lui-même. Il arrivait même qu'il se violente lorsque son père grondait trop fort, n'hésitant pas à projeter son propre corps contre les murs en pierre de la petite maison. La tension au sein de la famille était palpable, et les rumeurs n'avaient pas tardé à naître dans la région : Le père battait sa femme, et violentait son fils pour qu'il ne parle pas. D'autres rumeurs disaient que l'enfant était atteint d'une malédiction qui finirait par s'abattre sur les Marches de l'Ouest...Si bien que, très vite, plus personne n'osa venir acheter les légumes du père de famille. On lançait des regards suspicieux et l'on évitait tout contact avec cet homme violent et cet enfant du démon.
Puis vint ce jour, ce fameux jour qui avait marqué la vie du pauvre Màgal à jamais. Des cris, encore une fois, des larmes, des angoisses, la folie, la violence...
Foutons c'marmot incapable dehors, ma femme ! On a plus d'sous, plus d'quoi survivre à la faim, et c'est lui l'responsable, c'lui qui nous maudit ! Le v'là à l'âge de travailler qu'il tient à peine debout et qu'il dit po un mot !
Elle, elle n'arrivait pas à parler. Seules ses larmes et ses cris de désespoir retentissaient dans la maisonnette. Elle hurlait que non, il hurlait qu'il le fallait. Màgal, face à la scène, ne pleurait même pas. Figé là il regardait sa mère pleurer et hurler de tristesse. Puis tout était arrivé très vite, le père s'était emparé de lui, il s'était débattu en criant, sa mère avait voulu interrompre le geste de son mari, qui lâcha l'enfant...
...et le corps de la femme tomba à terre, inerte. Màgal ne comprenait pas. Il regardait son père, cet homme qu'il admirait, debout au-dessus de sa mère, un chandelier de plomb muni d'une bougie à peine éteinte à la main. Pourquoi était-elle allongée, là ? Pourquoi son père avait ce regard étrange ? Màgal se leva sur ses deux jambes...il s'approcha de sa mère, et la regarda, interdit. Puis il leva les yeux sur le chandelier, fixant la faible lumière qui s'éteignait. Enfin, il leva vers son père des yeux remplis d'incompréhension.
C'est...c'pour jouer gamin, c'pour jouer.
Màgal sembla heureux de la réponse, et reparti près de son lit pour jouer avec des morceaux de bois de différentes tailles, qu'il se mit à classer continuellement.
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Màgal se réveilla dans la chambre qui lui était réservée. Au pied du lit, des dizaines de livres étaient triés par couleur. Màgal vérifia que sa bougie ne s'était pas éteinte durant son sommeil, et il enfila quelques vêtements. Il enfila une paire de chaussures en cuir, et se mit en route vers le lieu où il avait l'habitude de manger. Là se trouvait Bob, le cuisinier. Bob était un ami à présent, et Màgal le prit dans ses bras avec amour quand il l'aperçu. Bob grimaça cependant, car Màgal n'était plus un enfant mais déjà un homme particulièrement fort, et ses étreintes étaient plus brutales que tendres. Bob sourit cependant et regarda l'homme avec un air amusé.
Tu devrais faire attention, les embrassades, ce doit être doux.
Màgal rit de bon coeur et se mit à table.
L'abbé t'attend pour ta leçon, tu devrais te dépêcher.
Màgal se hâta donc de terminer son repas et parti rejoindre son précepteur.
L'abbé était un homme âgé, au crâne dégarni et à l'allure maigre. Il gardait l'abbaye du comté-du-nord depuis quelques temps, et avait recueilli cet enfant simple d'esprit il y avait déjà de nombreuses années. On avait retrouvé l'enfant, à peine âgé de neuf ans, affamé et errant dans la forêt d'Elwynn. Une maigre peau de vache sur les épaules et pieds nus, il était prêt à mourir de froid si aucune âme n'avait eu la bonté de le prendre à sa charge. L'abbé avait vite vu que Màgal était différent. Il ne parlait pas, se mouvait avec des gestes brusques et saccadés, et avait un air bien trop naïf et pourtant si perdu...C'est ainsi que Màgal fut adopté par le vieillard. Celui-ci demanda chaque jour à l'enfant de faire toutes sortes de taches afin de ne pas être nourri et logé sans raisons. Ainsi Màgal faisait le ménage, la cuisine, allait au lavoir pour laisser les tenus de son maître toujours aussi blanches, allait au puits chercher de l'eau et soulevait les sceaux avec difficulté à cause de son petit dos encore fragile. Bob se prit vite d'affection pour l'enfant et incita l'abbé à lui enseigner le langage et la lecture. Celui-ci refusa à chaque demande, à chaque fois que Bob le suppliait d'aider cet enfant à devenir mieux qu'il n'était. Après tout l'enfant n'avait jamais prononcé le moindre mot, pourquoi le ferait-il maintenant ? Il n'était pas mué puisqu'il criait sans cesse et laissait souvent sortir des sons gluturaux pour exprimer ses émotions, mais le langage...voilà une chose dont l'abbé était sûr qu'il ne ferait pas usage. Puis vint le jour où Màgal, que tout le monde avait fini par surnommé « Le Nigaud » en l'absence de connaissance de son nom, voulu savoir le nom de ce qui le fascinait tant, ce qui projetait toujours cette lueur contre les murs froids en pierre la nuit, ce qui réchauffait ses doigts lorsque ses mains avaient trop travaillé dans le froid. Il tourna alors la tête vers son précepteur et arriva, bien qu'avec difficulté, à dire « Quoi ? » en montrant la bougie. L'abbé, stupéfait, lui fit répéter le mot bougie de nombreuses fois, jusqu'à ce que le jeune garçon parvienne à le prononcer. Avec l'espoir de voir « Le Nigaud » en apprendre plus, il décida de tenter la chose. Il faudrait commencer par des choses simples, et surtout – et l'abbé le comprit très vite- il faudrait commencer par lui faire apprendre ce que l'adolescent voulait et aimait. Les trois premiers mots qu'il prononça furent « bougie », « maman » et « ranger ». Petit à petit, l'abbé réussit a étendre le vocabulaire de l'enfant, et il fut surpris de voir qu'une fois la volonté bien présente l'enfant apprenait vite. A l'âge de 20 ans, « Le Nigaud » savait s'exprimer convenablement et avait commencé à apprendre la lecture.
La plus grande découverte de l'abbé fut celle de voir que le jeune homme présentait des facilités étonnantes à l'apprentissage du calcul. Passionné, il passait des heures à dessiner des chiffres et à compter chaque type d'objet qu'il voyait. Les pierres qui constituaient l'abbaye furent comptées une à une, à plusieurs reprises. Très vite, celui qu'on appelait « Le Nigaud » devint l'homme le plus doué dans la science du calcul que l'abbé ait pu voir. Il calculait comme il respirait. L'abbé avait d'ailleurs souvent quelques difficultés à tirer Màgal de ses activités mathématiques pour qu'il vienne peler les pommes de terre et faire les chambres, ce qui a valu plusieurs fois au jeune homme des punitions terribles (entendre par là lui confisquer ses bougies, ses livres et toutes sortes d'objets à classer).
La vie de Màgal paraît triste à quiconque le rencontre. Enfermé dans l'abbaye, il n'a pas le droit d'aller ailleurs que dans les jardins, et ne connaît pas la vie extérieure. Fasciné, il prend chaque étranger pour un grand héros défenseur du bien pour peu que celui-ci eut été aimable avec lui. L'abbé refuse encore que « Le Nigaud » parte de l'abbaye, malgré ses trente-trois années déjà, et celui-ci a, malgré ses angoisses terribles, une curiosité qui le pousse à rêver qu'un jour un preux paladin viendra le sortir de là...
Supplément : Ceci est une histoire écrite pour un personnage de jeu de rôle. Pour les intéréssés (si y en a xD) voici la fiche perso :
Caractère et moralité : Màgal est un jeune homme
autiste, au sens psychoclinique du terme. Dans l'univers de Warcraft nous dirons que c'est un « idiot du village », un simple d'esprit. De nature bonne et généreuse, il ne veut de mal à
personne. C'est à peine s'il sait ce qui est vivant ou non ou qui représente quoi et par conséquent il obéit aux ordres qu'on lui donne sans se poser de questions.
Màgal porte très vite un jugement sur les gens et les choses, les classant comme Gentil ou méchant, bien ou mauvais, dès sa première rencontre avec eux, et ne se détache pas de cette
classification.
Il est très craintif et renfermé sur lui-même. Angoissé, ne supporte pas les cris, ne supporte pas qu'on le fâche, ne supporte pas les changements brutaux, les gens dangereux, et qu'on le contrarie dans une action qui lui est chère.
Passions : les bougies, le calcul -pour lequel il est extrêmement doué- , les fioles et le classement (classe régulièrement la bibliothèque de l'abbaye où il vit, y remet un désordre et recommence en variant le type de classement).
Plutôt de taille moyenne, il est cependant très musclé et l'ignore. Il ne se rend pas compte de sa force et de ce qu'il peut produire avec, et il lui arrive souvent d'être plus violent qu'il ne l'aurait voulu. Son visage a des traits d'enfant malgré son âge, et montre une naïveté sans bornes. Blond, ses cheveux sont maladroitement coiffés mais Màgal ne supporte pas qu'une mèche ne soit pas à sa place. Porte des vêtements que l'abbé à récupéré, et qui sont mal accordés.
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