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La Bougie
Viens voyageur, pose ta
besace et le bâton qui soutien le poids de ton corps. Voyageur, assied-toi. Viens autour de cette table et bois l'hydromel qui t'es offert. Vois-tu la bougie dont la lumière vacille là, contre le
mur de pierre ? Toi qui jamais ne pose ta besace à nul endroit, toi qui es si fatigué par le poids de la vie, par tous ces chemins parcourus...As-tu seulement trouvé ce que tu cherchais ? Allons,
bois...Bois cet alcool de miel et pose ta besace, ce ne sera pas long. Ecoute un vieil homme sans âge.
La bougie, cette petite source de lumière. Elle réchauffe les mains mais surtout le coeur. Regarde...Regarde là ! Si tu la
regardes bien, tu verras comme elle réchauffe le coeur. Tu vois, là...elle commence à te faire sourire, elle fait au fond de toi un petit feu de bois, le même qui te réconforte lors de tes nuits
passées à coucher dehors. La flamme de la bougie danse, balance. Vois-tu comme elle est belle ? Tu sais qu'elle danse pour toi, hm ? Ne ris pas, c'est vrai. Tu ne crois tout de même pas qu'elle
danse pour un vieillard comme moi ! Regarde, je suis ridé, ma peau est brûlée par le soleil, mes yeux blanchis par la lune, et mes cheveux décolorés par les rivières...Si tu y vas, dans les
rivières, peut-être trouveras-tu ma couleur de cheveux qui s'y promène, bien heureuse d'être libre ! « rire » Mais je m'égare...tu ne dois pas m'en vouloir, voyageur, toi qui t'égares sur les chemins du monde. Il est bon parfois de se perdre, pour
mieux retrouver son chemin. Allons, je sens que tu as déjà envie de partir, et que ce qu'un vieux sénile comme moi te raconte te paraît une perte de temps. Bon, très bien. Mais laisse-moi une
faveur avant de partir. Garde cette bougie le temps que j'aille réclamer au maréchal ferrant qui est au comptoir ce qu'il me doit...
Le voyageur, c'est vous. Et vous vous exécutez, et surveillez la bougie de ce vieux fou. Il n'a peut-être pas toute sa tête,
mais il ne ferait pas de mal à une mouche. Alors quoi ? Ce ne sera pas long. Alors que vous attendez assis à la table,
sans réellement juger nécessaire de fixer la bougie, vos yeux finissent par se poser sur la lueur orange qu'elle dégage. C'est vrai que c'est assez fascinant...La flamme danse, se balançant,
faisant jouer ses courbes comme l'aurait fait une femme pour charmer son homme. Et puis plus vous regardez la bougie, plus vous vous sentez vous abandonner dans cette seule activité. Elle prend
des dimensions presque humaines, et la danseuse devient si proche de votre réalité que vous pourriez applaudir à la fin de son spectacle sans même réaliser que ce geste n'était pas adapté à une
bougie...Et puis soudain, la danseuse termine sa danse. A sa place se dresse une salamandre de feu, fière, belle mais terrifiante. Elle vous fixe et joue de sa langue fourchue. La salamandre de
feu est son gardien mais elle peut-être venimeuse pour celui qui ne portera pas de respect au feu. Ainsi, une petite peur vous prend au ventre, vous rappelant qu'au début de la soirée vous vous
moquiez bien de cette bougie...Mais finalement, la salamandre disparaît. Vous ne voyez plus que la simple flamme...Déçu, vous vous apprêtez à regarde dans l'auberge, cherchant des yeux le vieil
homme. Vous avez hâte de repartir, il ne faudrait pas qu'il traîne. Mais alors que votre tête pivote à peine, votre oeil est de nouveau attiré par un mouvement étrange dans le feu de la bougie.
Comme une vague...une vague de feu. Puis, après avoir bien regardé, vous vous apercevez qu'il s'agit d'ailes. Pourquoi des ailes ? C'est alors que la forme dans le feu semble se détacher
totalement de la mèche de la bougie, pour voleter devant vous...Et là, alors que l'être magnifique plane dans les airs, vous vous apercevez qu'il s'agit d'un Phoenix. L'oiseau légendaire, qui
renaît de ses cendres...Fasciné, vous restez bouche bée, vous demandant si les gens autour de vous voient la même chose...mais le brouhaha ambiant semble prouver le contraire. Vous êtes seul,
face à ce phoenix miniature qui se montre à vous dans toute sa splendeur. Puis l'oiseau de feu prend de la vitesse, et il se rapproche à toute allure de vos deux yeux, grossit, grossit, devient
énorme...vous ne voyez que par le feu, jusqu'à ce que WROUF !
Vous tombez, vous tombez...vous avez l'impression que jamais vous ne sentirez le sol sous vos pieds. Autour de vous, tout est devenu noir. Rien n'apparaît à vos yeux. Et alors que vous tombez,
vous sentez la chaleur du feu dans votre corps. Puis, finalement, au moment où vous pensiez vivre une chute infinie pour le reste de votre existence, vous sentez que quelque chose vous
porte, et que vous cessez la chute pour vous apercevoir que vous volez. Alors que vous baissez les yeux sur la chose qui vous fait voler de la sorte, vous vous apercevez qu'il s'agit du Phoenix,
cette fois gigantesque. L'oiseau légendaire vous porte et vous amène jusqu'à des paysages magnifiques. Vous vous apercevez que ces paysages sont particulièrement naturels, rien n'a été déformé,
pas de villes, pas de constructions modernes...Seules quelques ruines de châteaux habillent le décor. Le phoenix vous fait voyager longtemps ainsi, dans la magie de cette nature intacte. Une
drôle de sensation vous prend cependant, comme si tout en vous s'était arrêté de fonctionner, comme si ...le temps s'était arrêté. Puis enfin, l'oiseau de feu vous dépose à la cime d'une
montagne. Vous avez devant vous une vallée splendide qui s'étend à vos pieds. La sensation de liberté est immense. Vous vous asseyez un peu plus en contre-bas, dans la forêt. Un hiboux hulule non
loin, et vous entendez à ses cris perçant qu'il se rapproche. C'est surprenant, car les hiboux ont tendance à rester nicher dans leur arbre et à ne pas en sortir tant qu'une présence inconnue est
non loin. Mais finalement, le hiboux passe à deux centimètres de votre visage, ses ailes frôlant votre nez, puis se pose en face de vous et vous fixe de ses gros yeux...de hiboux. Quelques
secondes passent, et vous avez le sentiment d'être détaillé, scruté...et vous avez l'impression de reconnaître quelque chose en lui. A cet instant, le hiboux se met à se transformer, vous
n'apercevez pas très bien ce qu'il est à cet instant précis et vous vous sentez étrange : voir une telle transformation n'est pas vraiment courant. Puis, le hiboux perd son plumage, s'agrandit,
s'élargie, se courbe...pour laisser apparaître devant vous le vieux fou qui voulait que vous surveilliez sa bougie. L'Homme vous sourit, et s'assied à côté de vous. Il vous demande alors si le
voyage s'est bien passé, ajoutant qu'il n'en doute pas étant donné le véritable glob trotteur que vous êtes. Ses yeux remplis de malice vous fixent, sûrs d'eux. C'est alors que le vieil homme se
râcle la gorge, et se met subitement à raconter quelque chose...
« J'ai souvent commencé mes histoires en évoquant les sons, les musiques des légendes que je conte...mais ce soir,
je parlerai de silence. C'est un silence immortel, que rien ne brise, pas même la bise, le vent ou des oiseaux le chant...Silence immobile, comme ces arbres qu'aucun souffle ne vient habiter.
C'est un silence rare, mais parfois vous pouvez le rencontrer, lorsque vous êtes suffisamment à l'écoute. Asseyez-vous au pied d'un chêne, et attendez. Vous entendrez peut-être ce silence, ce
maître du vide. Dans l'immobilité de la forêt survient une jeune femme, une silhouette charmante et gracieuse. Elle
pourrait s'approcher de vous, et vous pourriez voir apparaître sur son visage un air dur et mélancolique à la fois. C'est un visage qui vous inspire quelque chose, mais vous ignorez quoi, en
réalité. Mais plus elle s'approche, plus vous vous apercevez qu'elle a quelque chose d'irréel, quelque chose qui vous dérange et vous charme pourtant. Alors qu'elle vous jette un regard, vous
ressentez votre coeur qui bat fort -que vous aimiez les hommes ou les femmes, cela n'a guère d'importance, cette femme procure en chacun de nous ce sentiment- et alors que vous tendez la main
vers elle, elle se dissimule dans une vague de brume, qui, lorsqu'elle se dissipe vous laisse béa devant ce qu'est devenu la jeune femme...
Une louve vous fixe alors, babines relevées, comme prête à bondir. Que feriez vous devant cette force sauvage
?
La louve se couche enfin, et détourne le regard vers l'horizon. Vous vous apercevez alors qu'elle est blessée, son flanc
est déchiré, la chair ouverte et soumise aux risques d'une telle exhibition. Si vous vous approchez pour la soigner, peut-être vous mordra t-elle, et peut-être que vous deviendrez le plus blessé
des deux. Et si vous la laissez là, gisant sur le sol, elle perdra sans doute la vie et tout le mystère qu'elle entraîne avec elle. Alors, mon ami, que feriez-vous ?
J'ai rencontré cette mystérieuse créature, il y a quelques siècles de cela. Quand je me suis retrouvé face à ce dilemme
insoutenable, ma tête a fait un tel chahut que j'en ai oublié le silence régnant tout autour. J'avais déjà quelques connaissances en herboristerie à cette époque et savait soigner grâce aux
plantes, mais la louve me laisserait-elle faire ? Les plantes allaient-elles suffire à soigner cette bête si souffrante ? Et si non, ne serait-ce pas mieux de l'achever... Le Temps était toujours suspendu depuis l'apparition de la jeune femme, mais je sentais qu'il fallait se décider.
[Alors que le vieillard raconte son histoire, vous vous rendez compte que chaque chose qu'il dit, vous le voyez, vous le
ressentez, vous le vivez...]
Je pris donc mon courage à deux mains, et me mis à préparer un mélange d'herbes médicinales afin d'apaiser la
créature...Elle, elle restait silencieuse, comme si elle attendait que la Dame de la mort vienne la faucher...Elle me fixait, alors que j'écrasais de la racine de bleuet pour en tirer son jus
précieux aux effets curatifs, elle me fixait toujours alors que je mélangeais à ce jus acide quelques pousses d'églantine pour ses effets apaisants, prenant bien soin d'enlever les épines de
cette plante taquine...Et elle me fixait encore, sans ciller, alors que j'ajoutais à ce mélange pâteux quelques feuilles séchées de Trèfle doré, cette merveilleuse plante si rare et aux effets
des plus efficaces sur tout organisme vivant...
La mixture terminée, je m'approchais, sans un mot, de la louve...je dois admettre que mes mains tremblaient...je me
sentais comme nu devant cette merveilleuse et inquiétante créature, c'était comme si elle me pénétrait, comme si par son seul regard elle pouvait tout connaître de moi... Je me suis agenouillé, et ne lâchant pas le regard de la louve je lui ai appliqué la pâte médicinale sur sa plaie.
GrOAAR !
La Louve hurla et fit un bond sur le côté, ses babines se relevèrent une nouvelle fois...j'étais terrorisé. A l'époque,
je ne partais jamais sans bâton de marche, et, sur la défensive, tremblant, je brandis celui-ci...Et la Louve me fixait encore, prête à bondir, prête à me déchirer la gorge. Complètement affolé,
mes yeux ne purent quand même s'empêcher de regarder la plaie de la louve...Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis qu'elle avait disparu, ne laissant ni trace ni restes de ma mixture...Je ne
comprenais plus rien, tout était telle la brume dans mon esprit troublé. La Louve m'a regardé une fois encore, et a détalé dans la forêt. La brume vint alors m'entourer, comme si celle de mon
esprit sortait de mon corps pour me noyer dans la forêt...Je dû attendre longtemps avant que la brume ne se disperse, laissant à mes yeux la vue aiguisée qu'ils avaient l'habitude d'avoir. Le
Silence de la forêt avait disparu, laissant place aux chants des oiseaux, au souffle du vent dans les feuilles des grands chênes, au petits bruits de pas et de remous dans le sous-bois...Je
sortais comme d'un rêve...
J'ai rencontré un druide quelques jours plus tard, un vieil ami à qui je devais beaucoup. Je lui ai raconté mon
histoire...je lui ai raconté la jeune femme, la louve...calme et sereine ou bien agressive et méfiante...Une créature si changeante, si surprenante, si indomptable pouvait-elle être réelle
? Mon ami m'a regardé avec des yeux rieurs, et il m'a dit :
« Le silence cache un miroir.»
Soudain, plus rien. Vous vous rendez compte que vos yeux sont clos, et vous les ouvrez difficilement pour vous apercevoir
qu'autour de vous il s'agit de l'auberge, et visiblement personne n'a remarqué quoi que ce soit d'étrange vous concernant. Etait-ce un rêve ? Cela paraît irréel mais...vous l'avez vraiment vécu,
et vous le sentez au plus profond de votre être. Soudain, une silhouette s'assied à la chaise à côté de vous. En plissant vos yeux encore éblouis, vous vous apercevez qu'il s'agit du vieillard,
qui vous regarde avec le même regard malicieux que lorsqu'il était un Hiboux.
« Eh bien, vous êtes toujours là ? Allons, je ne vous retarde pas, merci d'avoir veillé sur ma bougie. Mais reprenez
votre besace et partez donc sur les routes. Merci encore, l'ami. »
Et vous vous exécutez, vous reprenez votre bâton de marche, votre besace et votre envie de voyager. Mais, un sentiment
étrange vous envahit. L'histoire du vieillard tourne dans votre tête, vous cherchez à en comprendre le sens alors que vos pas vous mènent sur de nouveaux chemins. Au fond, c'est comme si vous
étiez plus plein, comme si vous aviez accompli quelque chose. Vous allez voyager, oui...mais cette fois vous vous dites qu'un jour vous vous arrêterez...un moment...
Il avait ouvert les yeux sur le monde le lendemain du Voile d'Hiver. Dehors, la neige faisait du paysage une nappe blanche immaculée. Les plaines des Marches de l'Ouest donnaient cette impression d'espace infini. L'enfant était venu au monde sans un cri, sans un mot. Sa mère l'avait regardé avec un amour immense au fond de ses pupilles noisettes. Un maigre feu gisait dans la cheminée, tout juste maintenu en vie par quelques brindilles séchées et du vieux charbon de bois que le père avait précieusement gardé pour la naissance du bambin. Maigre bambin, s'était-il dit lorsqu'il était sorti de la matrice originelle, il ne ferait ni un grand gaillard ni un fermier efficace. La mère était épuisée et le manque de soins après l'accouchement l'avait grandement affaiblie. Voilà une famille où l'argent était une denrée rare, et la venue au monde de l'enfant n'avait pu être assurée par un médecin. Mais la mère était forte, et ne tarderait pas à s'en remettre. Le fait que l'enfant naisse sans un cri avait réjoui sa mère, comme si cela avait été un signe de force, de courage et de résistance. Mais il aurait fallu ne pas se fier aux apparences, car l'enfant cachait une particularité à laquelle elle n'aurait pu penser.
A l'âge où les babillages auraient dû laisser place à la parole, l'enfant avait semblé se refuser à prononcer le moindre mot. Il ne communiquait que par cris ou pleurs, et n'usait guère plus de son corps et de gestes pour transmettre les messages. Màgal ne marchait pas non plus, se refusant à se mettre sur ses deux jambes et préférant la stabilité des « quatre pattes ». Après tout, pourquoi se risquer à un tel danger ? Le désespoir de sa mère ne vint pas tout de suite, cela aurait pu être un léger retard, rien de grave...Mais déjà son père jetait sur son fils un regard amer, plein de déception.
Le cinquième hiver après la naissance de l'enfant avait déjà blanchi les collines. Màgal n'avait toujours pas prononcé son premier mot et ne s'était toujours pas décidé à se hisser sur ses deux jambes. La communication au sein de la famille était devenue plus que périlleuse. Le père hurlait souvent sur l'enfant, ce qui faisait fondre en larmes la mère, et ce qui créait des crises étranges chez Màgal : son petit corps était parcouru de légers tremblements, et il prenait sa tête entre ses mains en se balançant frénétiquement sur lui-même. Il arrivait même qu'il se violente lorsque son père grondait trop fort, n'hésitant pas à projeter son propre corps contre les murs en pierre de la petite maison. La tension au sein de la famille était palpable, et les rumeurs n'avaient pas tardé à naître dans la région : Le père battait sa femme, et violentait son fils pour qu'il ne parle pas. D'autres rumeurs disaient que l'enfant était atteint d'une malédiction qui finirait par s'abattre sur les Marches de l'Ouest...Si bien que, très vite, plus personne n'osa venir acheter les légumes du père de famille. On lançait des regards suspicieux et l'on évitait tout contact avec cet homme violent et cet enfant du démon.
Puis vint ce jour, ce fameux jour qui avait marqué la vie du pauvre Màgal à jamais. Des cris, encore une fois, des larmes, des angoisses, la folie, la violence...
Foutons c'marmot incapable dehors, ma femme ! On a plus d'sous, plus d'quoi survivre à la faim, et c'est lui l'responsable, c'lui qui nous maudit ! Le v'là à l'âge de travailler qu'il tient à peine debout et qu'il dit po un mot !
Elle, elle n'arrivait pas à parler. Seules ses larmes et ses cris de désespoir retentissaient dans la maisonnette. Elle hurlait que non, il hurlait qu'il le fallait. Màgal, face à la scène, ne pleurait même pas. Figé là il regardait sa mère pleurer et hurler de tristesse. Puis tout était arrivé très vite, le père s'était emparé de lui, il s'était débattu en criant, sa mère avait voulu interrompre le geste de son mari, qui lâcha l'enfant...
...et le corps de la femme tomba à terre, inerte. Màgal ne comprenait pas. Il regardait son père, cet homme qu'il admirait, debout au-dessus de sa mère, un chandelier de plomb muni d'une bougie à peine éteinte à la main. Pourquoi était-elle allongée, là ? Pourquoi son père avait ce regard étrange ? Màgal se leva sur ses deux jambes...il s'approcha de sa mère, et la regarda, interdit. Puis il leva les yeux sur le chandelier, fixant la faible lumière qui s'éteignait. Enfin, il leva vers son père des yeux remplis d'incompréhension.
C'est...c'pour jouer gamin, c'pour jouer.
Màgal sembla heureux de la réponse, et reparti près de son lit pour jouer avec des morceaux de bois de différentes tailles, qu'il se mit à classer continuellement.
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Màgal se réveilla dans la chambre qui lui était réservée. Au pied du lit, des dizaines de livres étaient triés par couleur. Màgal vérifia que sa bougie ne s'était pas éteinte durant son sommeil, et il enfila quelques vêtements. Il enfila une paire de chaussures en cuir, et se mit en route vers le lieu où il avait l'habitude de manger. Là se trouvait Bob, le cuisinier. Bob était un ami à présent, et Màgal le prit dans ses bras avec amour quand il l'aperçu. Bob grimaça cependant, car Màgal n'était plus un enfant mais déjà un homme particulièrement fort, et ses étreintes étaient plus brutales que tendres. Bob sourit cependant et regarda l'homme avec un air amusé.
Tu devrais faire attention, les embrassades, ce doit être doux.
Màgal rit de bon coeur et se mit à table.
L'abbé t'attend pour ta leçon, tu devrais te dépêcher.
Màgal se hâta donc de terminer son repas et parti rejoindre son précepteur.
L'abbé était un homme âgé, au crâne dégarni et à l'allure maigre. Il gardait l'abbaye du comté-du-nord depuis quelques temps, et avait recueilli cet enfant simple d'esprit il y avait déjà de nombreuses années. On avait retrouvé l'enfant, à peine âgé de neuf ans, affamé et errant dans la forêt d'Elwynn. Une maigre peau de vache sur les épaules et pieds nus, il était prêt à mourir de froid si aucune âme n'avait eu la bonté de le prendre à sa charge. L'abbé avait vite vu que Màgal était différent. Il ne parlait pas, se mouvait avec des gestes brusques et saccadés, et avait un air bien trop naïf et pourtant si perdu...C'est ainsi que Màgal fut adopté par le vieillard. Celui-ci demanda chaque jour à l'enfant de faire toutes sortes de taches afin de ne pas être nourri et logé sans raisons. Ainsi Màgal faisait le ménage, la cuisine, allait au lavoir pour laisser les tenus de son maître toujours aussi blanches, allait au puits chercher de l'eau et soulevait les sceaux avec difficulté à cause de son petit dos encore fragile. Bob se prit vite d'affection pour l'enfant et incita l'abbé à lui enseigner le langage et la lecture. Celui-ci refusa à chaque demande, à chaque fois que Bob le suppliait d'aider cet enfant à devenir mieux qu'il n'était. Après tout l'enfant n'avait jamais prononcé le moindre mot, pourquoi le ferait-il maintenant ? Il n'était pas mué puisqu'il criait sans cesse et laissait souvent sortir des sons gluturaux pour exprimer ses émotions, mais le langage...voilà une chose dont l'abbé était sûr qu'il ne ferait pas usage. Puis vint le jour où Màgal, que tout le monde avait fini par surnommé « Le Nigaud » en l'absence de connaissance de son nom, voulu savoir le nom de ce qui le fascinait tant, ce qui projetait toujours cette lueur contre les murs froids en pierre la nuit, ce qui réchauffait ses doigts lorsque ses mains avaient trop travaillé dans le froid. Il tourna alors la tête vers son précepteur et arriva, bien qu'avec difficulté, à dire « Quoi ? » en montrant la bougie. L'abbé, stupéfait, lui fit répéter le mot bougie de nombreuses fois, jusqu'à ce que le jeune garçon parvienne à le prononcer. Avec l'espoir de voir « Le Nigaud » en apprendre plus, il décida de tenter la chose. Il faudrait commencer par des choses simples, et surtout – et l'abbé le comprit très vite- il faudrait commencer par lui faire apprendre ce que l'adolescent voulait et aimait. Les trois premiers mots qu'il prononça furent « bougie », « maman » et « ranger ». Petit à petit, l'abbé réussit a étendre le vocabulaire de l'enfant, et il fut surpris de voir qu'une fois la volonté bien présente l'enfant apprenait vite. A l'âge de 20 ans, « Le Nigaud » savait s'exprimer convenablement et avait commencé à apprendre la lecture.
La plus grande découverte de l'abbé fut celle de voir que le jeune homme présentait des facilités étonnantes à l'apprentissage du calcul. Passionné, il passait des heures à dessiner des chiffres et à compter chaque type d'objet qu'il voyait. Les pierres qui constituaient l'abbaye furent comptées une à une, à plusieurs reprises. Très vite, celui qu'on appelait « Le Nigaud » devint l'homme le plus doué dans la science du calcul que l'abbé ait pu voir. Il calculait comme il respirait. L'abbé avait d'ailleurs souvent quelques difficultés à tirer Màgal de ses activités mathématiques pour qu'il vienne peler les pommes de terre et faire les chambres, ce qui a valu plusieurs fois au jeune homme des punitions terribles (entendre par là lui confisquer ses bougies, ses livres et toutes sortes d'objets à classer).
La vie de Màgal paraît triste à quiconque le rencontre. Enfermé dans l'abbaye, il n'a pas le droit d'aller ailleurs que dans les jardins, et ne connaît pas la vie extérieure. Fasciné, il prend chaque étranger pour un grand héros défenseur du bien pour peu que celui-ci eut été aimable avec lui. L'abbé refuse encore que « Le Nigaud » parte de l'abbaye, malgré ses trente-trois années déjà, et celui-ci a, malgré ses angoisses terribles, une curiosité qui le pousse à rêver qu'un jour un preux paladin viendra le sortir de là...
Supplément : Ceci est une histoire écrite pour un personnage de jeu de rôle. Pour les intéréssés (si y en a xD) voici la fiche perso :
Caractère et moralité : Màgal est un jeune homme
autiste, au sens psychoclinique du terme. Dans l'univers de Warcraft nous dirons que c'est un « idiot du village », un simple d'esprit. De nature bonne et généreuse, il ne veut de mal à
personne. C'est à peine s'il sait ce qui est vivant ou non ou qui représente quoi et par conséquent il obéit aux ordres qu'on lui donne sans se poser de questions.
Màgal porte très vite un jugement sur les gens et les choses, les classant comme Gentil ou méchant, bien ou mauvais, dès sa première rencontre avec eux, et ne se détache pas de cette
classification.
Il est très craintif et renfermé sur lui-même. Angoissé, ne supporte pas les cris, ne supporte pas qu'on le fâche, ne supporte pas les changements brutaux, les gens dangereux, et qu'on le contrarie dans une action qui lui est chère.
Passions : les bougies, le calcul -pour lequel il est extrêmement doué- , les fioles et le classement (classe régulièrement la bibliothèque de l'abbaye où il vit, y remet un désordre et recommence en variant le type de classement).
Plutôt de taille moyenne, il est cependant très musclé et l'ignore. Il ne se rend pas compte de sa force et de ce qu'il peut produire avec, et il lui arrive souvent d'être plus violent qu'il ne l'aurait voulu. Son visage a des traits d'enfant malgré son âge, et montre une naïveté sans bornes. Blond, ses cheveux sont maladroitement coiffés mais Màgal ne supporte pas qu'une mèche ne soit pas à sa place. Porte des vêtements que l'abbé à récupéré, et qui sont mal accordés.
Rappelle toi cette nuit là. Bref souvenir d'un instant immortel.
Tu te souviens, le vent froid qui giflait ta peau ?
Te souviens-tu de la hutte, et du poële qui chauffait ?
Un poële vieux et usé, rougi par la rouille.
Et les branches de sapinette qui recouvrait le sol gelé ?
Oh, ça sentait si bon...Epicé, poivré...doux aussi.
Rappelle toi ! Il y avait ce petit cabanon dehors, engourdi dans la neige, enfoncé jusqu'au cou.
A l'entrée de la hutte, des raquettes artisanales, en bois, et faites de boyaux.
Ca avait quelque chose de sauvage. Tu ne trouves pas ?
On était sorties, la nuit. Avec papa.
C'était un de ces moments où on se retrouvait avec lui,
Où on partageait la beauté d'un paysage, les senteurs d'hiver, les mots.
Papa aussi aimait ces moments là.
Tu te souviens, quand tu as levé la tête ? Ce plafond d'un bleu profond, presque noir, parsemé de scintillements d'étoiles...
Tu n'avais jamais vu un si beau ciel, n'est-ce pas ?
Et ces sapins, immenses gardiens qui s'élevaient et faisaient de la forêt une ombre mystérieuse et inquiétante.
Les gardiens sont toujours mystérieux, et toujours inquiétants. Ils gardent le seuil de la nuit et de ses secrets.
*rire* Rappelle toi comme tu t'ai sentie infime petite particule dans le tourbillon de Gaïa !
Tu n'avais que huit ans, il faut dire. Mais tu les voyais, ces sylphes dont papa racontait l'histoire.
Papa racontait souvent l'histoire des sylphes, et des ondines.
Tu voulais y croire, alors tu les voyais.
Rappelle toi cet instant, où le vent glacial brûlait tes joues, le bonnet jusqu'aux oreilles et les pieds enfoncés dans la neige.
Quand tu as levé la tête, tu l'as vue, n'est-ce pas ? Tu l'as vue l'Immensité, la Liberté.
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